Ingénierie de l'évolution

L’alchimie de l’eugénisme

Par Phillip D. Collins - Publié le 10 jan. 2005 sur Conspiracy Archive


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Dans le sombre passé de la civilisation humaine, la classe dirigeante contrôlait l’humanité en grande partie par les institutions religieuses et le mysticisme. Cependant, le début du siècle a vu la transformation épistémique de la structure du pouvoir religieux de l’élite en une “dictature scientifique”. L’histoire et le contexte de cette “dictature scientifique” est une conspiration, créée et micro-gérée par la marée historique du darwinisme, qui a ses racines dans la franc-maçonnerie. Dans cet article, nous examinerons l’alchimie évolutive de l’eugénisme, depuis le Planned Parenthood de Margaret Sanger jusqu’au Transhumanisme de William Sims Bainbridge.

La transformation alchimique de l’homme

Une assertion commune erronée qui a été diffusée par les historiens universitaires consacrés prétend que les alchimistes de l’antiquité cherchaient un moyen de transformer le plomb en or. En vérité, c’était une fiction promulguée par les alchimistes eux-mêmes pour cacher leurs objectifs ultimes… la transformation de l’homme en un dieu. Parmi les diverses organisations occultes qui aspiraient à accomplir cette mission alchimique, la Franc-maçonnerie. Fournissant un résumé du but suprême de la maçonnerie, le spécialiste maçonnique W.L. Wilmshurst écrit :

“Ceci - l’évolution de l’homme en surhomme - a toujours été le but des Mystères antiques, et le véritable but de la Maçonnerie moderne n’est pas le but social et charitable auquel tant d’attention est accordée, mais l’accélération de l’évolution spirituelle de ceux qui aspirent à perfectionner leur propre nature et la transformer en une qualité plus divine. Et c’est une science définie, un art royal, que chacun d’entre nous peut mettre en pratique ; tandis que rejoindre le grand oeuvre dans un autre but que celui d’étudier et de poursuivre cette science, c’est mal comprendre son sens.” (Wilmshurst, p. 47, 1980)

Selon ce mandat alchimique, l’humanité est une divinité qui se développe progressivement et qui a besoin d’une assistance scientifique dans son évolution. Dans Mystic Masonry, le franc-maçon J.D. Buck, 32e degré, réitère ce thème de l’homme comme organisme progressivement apothéosant : “L’humanité, “in-toto”, est donc le seul Dieu personnel” (Buck, p. 136, 1990). Bien sûr, le concept d’évolution sera plus tard diffusé au niveau populaire sous la forme du darwinisme et deviendra la véritable pierre angulaire de la science contemporaine.

Avant sa vulgarisation, la théorie de l’évolution était la propriété intellectuelle de la maçonnerie. Le franc-maçon Erasmus Darwin, le grand-père de Charles, ” est à l’origine de presque toutes les idées importantes qui sont apparues depuis dans la théorie évolutionnaire ” (Darlington, p. 62, 1959). Ce n’est pas une coïncidence si nombre des principaux promoteurs de Charles Darwin ont été francs-maçons, dont T.H. Huxley n’est pas le moindre. C’est encore moins une coïncidence si le cousin de Charles Darwin, Sir Francis Galton, est devenu l’un des premiers accélérateurs de l’agenda alchimique de la Franc-maçonnerie.

L’eugénisme : Apothéose par ingénierie alchimique

Sir Francis Galton pourrait être considéré comme un alchimiste évolutionnaire précoce. La théorie de l’évolution de son propre cousin était l’une de ses principales inspirations. Dans Mémoires de ma vie, Galton a écrit :

“La publication en 1859 de l’Origine des espèces par Charles Darwin a fait date dans mon propre développement mental, comme elle l’a fait dans celui de la pensée humaine en général. Son effet a été de démolir d’un seul coup une multitude de barrières dogmatiques et de susciter un esprit de rébellion contre toutes les anciennes autorités dont les déclarations positives et non authentifiées ont été contredites par la science moderne.” (Galton, Souvenirs de ma vie, p. 287)

Considérant la théorie de l’évolution en conjonction avec le mandat alchimique de l’apothéose consciemment fabriquée de l’homme, on reconnaît inévitablement un système de croyances qui présente toutes les caractéristiques d’une religion. Cette révélation est illustrée le plus clairement par les déclarations de Galton dans Inquiries into Human Faculty and its Development :

Le principal résultat de ces investigations a été d’obtenir la signification religieuse de la doctrine de l’évolution. Elle suggère une modification de notre attitude mentale et impose un nouveau devoir moral. La nouvelle attitude mentale est celle d’un plus grand sens de liberté morale, de responsabilité et d’opportunité ; le nouveau devoir qui est censé être exercé en même temps que les anciens, et non en opposition avec eux, dont dépend le tissu social, est une tentative d’évolution future, en particulier celle de la race humaine”. (Galton, Enquêtes sur la faculté humaine et son développement, p. 337, 1883)

Que Galton ait reconnu la “signification religieuse de l’évolution” n’est pas un hasard. Au fil des années, cette religion d’inspiration maçonnique des divinités émergentes a refait surface sous diverses appellations. Wagar énumère ses nombreuses manifestations :

“La pensée du XIXe et du début du XXe siècle regorge de divinités émergentes limitées dans le temps. Des dizaines de penseurs ont prêché une sorte de foi en ce qui est potentiel dans le temps, à la place de la foi chrétienne et mystique traditionnelle dans une puissance hors du temps. Le Weltgeist de Hegel, l’Humanité de Comte, l’humanité organique de Spencer s’améliorant inévitablement par les lois de l’évolution, la doctrine surhumaine de Nietzsche, la conception d’un Dieu fini donnée par J.S. Mill, Hastings Rashdall et William James, le vitalisme de Bergson et Shaw, l’évolutionnisme émergent de Samuel Alexander et Lloyd Morgan, les théories de l’immanence divine dans le mouvement libéral en théologie protestante, et le téléfinalisme de du Nouy - tous ces éléments témoignent de l’influence de la pensée évolutionnaire, avant et après Darwin, sur l’histoire intellectuelle occidentale. La foi du progrès lui-même - en particulier l’idée de progrès telle qu’elle est intégrée dans le schéma évolutif des choses - est à tous égards l’équivalent psychologique de la religion.” (Wagar, p. 106 - 7, 1961)

Cette divinité émergente, l’Homme (épelé avec un ‘H’ majuscule pour désigner sa prétendue divinité), serait pleinement intronisé par les efforts des alchimistes eux-mêmes. Galton réintroduira le concept d’alchimie sous l’appellation d’eugénisme, un terme dérivé du grec pour “bien né”. Les préceptes de base de l’eugénisme ont été définis dans le “Génie héréditaire” de Galton, polémique raciste préconisant un système d’élevage sélectif dans le but de fournir à ” des races ou souches de sang plus appropriées une meilleure chance de prévaloir sur les moins appropriées ” (Galton, Hereditary Genius, p. 24, 1869). Selon Galton, la société devrait être eugénisée. Le cadre d’une telle société serait un système de castes où le statut serait attribué en fonction de la supériorité génétique. Dans un article paru dans le numéro de janvier 1873 du Fraser’s Magazine, Galton a déclaré :

“Je ne vois pas pourquoi l’insolence de caste empêcherait la classe talentueuse, quand elle en a le pouvoir, de traiter ses compatriotes [de la caste inférieure] avec bonté, tant qu’ils restent célibataires. Mais si ceux-ci continuaient à procréer des enfants, inférieurs en qualités morales, intellectuelles et physiques, il est facile de penser que le temps viendra où ces personnes seront considérées comme des ennemis de l’État, et de renoncer à toute prétention à la bonté.” (cité dans Chase, p. 100, 1977)

Galton espérait qu’une telle réglementation sociétale encouragerait l’élevage “eugéniquement sain” parmi les citoyens. Résumant les objectifs de Galton, Allan Chase explique : “Ce dont Galton parlait ici, c’était du pouvoir de produire des gens comme nous produisons des porcs” (Chase, p. 101, 1977). Bien sûr, comme George Orwell l’a dit dans Animal Farm (“La Ferme des Animaux”), certains porcs sont plus égaux que d’autres. Selon le précurseur racialiste et cousin de Galton, Charles Darwin, les porcs de souche supérieure étaient les Anglo-Saxons. Cela devient évident dans le manifeste du Darwinien Josiah Strong, America’s Destiny. Citant Darwin, Strong a écrit :

“Aujourd’hui, dit M. Darwin, les nations civilisées supplantent partout les nations barbares, sauf là où le climat oppose une barrière mortelle, et elles réussissent principalement, mais pas exclusivement, par leurs arts, qui sont les produits de l’intelligence. Il continue : Que l’extinction des races inférieures devant l’avancée anglo-saxonne semble triste ou non au lecteur, cela paraît très probable… Y-a-t-il lieu de douter que cette race, à moins d’être dévitalisée par l’alcool et le tabac, est destinée à déposséder beaucoup de races plus faibles, à en assimiler d’autres et à modeler le reste, jusqu’au jour où, de manière très vraie et importante, l’humanité sera anglo-saxonne ? (Strong, pp. 165 - 80, 1885)

Bien sûr, il n’est pas vraiment surprenant que cette pensée ait sous-tendu les politiques racialistes de l’Allemagne nazie, qui était une dictature scientifique édifiée sur la théorie de l’évolution darwinienne. Il est encore moins surprenant que Leonard Darwin, fils de Charles, ait été vice-président des Congrès internationaux d’eugénisme de 1912 et 1921. La première de ces deux réunions est le prolongement d’un rassemblement de 1911 de l’International Society for Racial Hygiene, une organisation essentiellement allemande. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne a pu voir la pleine mise en œuvre de politiques eugéniques.

Planning des naissances : L’héritage raciste de Margaret Sanger

Bien que l’Holocauste eugénique nazi de la Seconde Guerre mondiale ait constitué un énorme désastre de relations publiques pour les partisans de l’eugénisme, le mouvement réapparaîtra plus tard sous la bannière du contrôle démographique et d’un environnementalisme radical. Les chercheurs Tarpley et Chaitkin documentent cette transmogrification :

Le mouvement de contrôle de la population ou de croissance démographique zéro, qui s’est rapidement développé à la fin des années 60 grâce à la couverture médiatique gratuite et aux subventions de fondations pour un flux de propagande pseudoscientifique sur la prétendue ” bombe démographique ” et les ” limites de la croissance “, était une continuation du vieux mouvement eugéniste protofasciste d’avant-guerre, qui avait été forcé de s’effondrer temporairement lorsque le monde s’épouvanta devant les exactions commises par les Nazis au nom de l’eugénisme. Au milieu des années 1960, les mêmes eugénistes cinglés avaient ressuscité en tant que mouvement écologiste et de contrôle de la population. Le Planning des naissances était un parfait exemple de la transmogrification. Maintenant, au lieu d’exiger la stérilisation des races inférieures, les eugénistes sous de nouveaux atours parlaient de la bombe démographique, donnant aux pauvres un “accès égal” au contrôle des naissances et à la “liberté de choisir”. (Tarpley & Chaitkin, p. 203, 1992)

En effet, le Planning des naissances a porté avec succès la bannière de l’eugénisme dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Planned Parenthood a été fondé par Margaret Sanger, une femme raciste et virulente qui vantait le slogan : “Contraception : pour créer une race de pur-sang.” Son manifeste, intitulé The Pivot of Civilization (“Le pivot de la civilisation”), décrit en détail la mission du Planning des naissances et de ses organisations alliées dans le mouvement eugéniste. Dans ce traité, qui comportait une introduction écrite par le franc-maçon et socialiste Fabian, H.G. Wells, Sanger révèle les véritables motifs qui sous-tendent la promotion de la contraception :

“Le contrôle des naissances, qui a été critiqué comme négatif et destructeur, est vraiment la méthode la meilleure et la plus authentiquement eugénique, et son adoption dans le cadre du programme de l’eugénisme donnerait immédiatement un pouvoir concret et réaliste à cette science… comme le plus constructif et nécessaire des moyens à la santé raciale. (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 189, 1922)

Sanger croyait que la tolérance de la société à l’égard des “crétins”, des “mauvaises herbes humaines” et des “faibles d’esprit” encourageait les dysgéniques. Pour remédier à cette prétendue menace génétique, Sanger promeut sans réserve l’application de mesures autoritaires :

“Le problème urgent de la ségrégation et de la stérilisation doit être affronté immédiatement. Toute fille ou femme faible d’esprit du type héréditaire, en particulier de la classe des crétins, devrait être confinée pendant la période de reproduction… nous préconisons la politique de stérilisation immédiate ainsi que de faire en sorte que la maternité soit absolument interdite aux personnes faibles d’esprit.” (Sanger, Le pivot de la civilisation, pp. 101 - 102, 1922)

Comprenez bien que ce sont là les mots d’une soi-disant “partisane des droits reproductifs”. De plus, Sanger souhaitait voir l’établissement d’un système de goulag en Amérique pour l’internement des “faibles d’esprit”. Dans un numéro de Birth Control Review, elle a écrit :

“Appliquer une politique sévère et rigide de stérilisation et de ségrégation à cette catégorie de population dont la progéniture est déjà contaminée… pour répartir les terres agricoles et les lots de colonisation pour ces personnes reléguées où on leur apprendrait à travailler sous la direction d’instructeurs compétents pour le restant de leurs jours… “(Sanger, “Plan of Peace”, Birth Control Review, pp. 107-8, 1932)

Bien que le système du goulag de Sanger n’ait pas été formellement promulgué aux États-Unis, sa vision a connu une réalisation horrible en Allemagne nazie. Il n’est guère surprenant que le conseil d’administration de Planned Parenthood compte parmi ses membres des partisans nazis comme le Dr Lothrop Stoddard, auteur d’un tract raciste intitulé “Le Raz-de-marée de couleur contre la suprématie blanche”. En fait, Birth Control Review a servi d’intermédiaire pour la diffusion de la propagande nazie en Amérique. En avril 1933, le Dr Ernst Rudin, directeur de la stérilisation génétique d’Hitler et l’un des fondateurs de la Nazi Society for Racial Hygiene, publia un article dans Birth Control Review. Intitulé “Stérilisation eugénique : Un besoin urgent”, l’article présente l’appel suivant :

“Le danger pour la communauté de la femme faible d’esprit non confinée est plus évident. Les plus dangereuses sont issues des tiers moyens et élevés vivant en liberté qui, malgré le fait que leur défaut ne soit pas facilement identifiable, devraient néanmoins être empêchées de procréer… À mon avis, nous devrions agir sans délai.”. (Rudin, “Stérilisation eugénique : Un Besoin Urgent”, Birth Control Review, p. 102-104, 1933).

Bien sûr, dans le pays natal de Rudin, les “faibles d’esprit” ne sont pas restés “libres” très longtemps. L’année même où la publication de Sanger imprima l’article de Rudin, Ernst a collaboré avec Heinrich Himmler sur la loi allemande de 1933 pour la stérilisation. Cet édit génocidaire stipulait la stérilisation de tous les Juifs et des enfants allemands “de couleur”. Finalement, les “indésirables” ont été rassemblés, séparés et systématiquement assassinés. Le résultat final du programme nazi d’eugénisme a été l’Holocauste, qui entraîna la mort de six millions de personnes.

Pourtant, selon la vision de Sanger, combien de personnes auraient été mises à l’écart pour être éliminées de façon méthodique ? Après avoir examiné les statistiques de l’armée, Sanger a conclu que :

“… près de la moitié - 47,3 % - de la population avait la mentalité d’enfants de douze ans ou moins, c’est-à-dire qu’ils sont débiles.” (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 263, 1922)

Sanger a exprimé de sombres espoirs pour un vaste segment de la population, déclarant que : “seulement 13 500 000 personnes feront preuve d’une intelligence supérieure ” (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 264, 1922). Ainsi, seulement 13,5 % de la population serait autorisée à procréer. Le reste serait séparé pour une élimination méthodique. Évidemment, l’holocauste de Sanger aurait même éclipsé la solution finale d’Hitler.

De façon typiquement darwinienne, Sanger montrait peu de pitié envers les faibles. En fait, Margaret exprimait une nette aversion envers les pauvres. Le chapitre 5 de son livre s’intitule “La cruauté de la charité”. Réitérant la proposition de Malthus de “nier le droit des pauvres à un soutien”, elle écrit :

“La charité organisée est … le signe le plus sûr que notre civilisation a engendré, multiplie et perpétue un nombre sans cesse croissant d’individus défectueux, délinquants et dépendants.” (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 108, 1922)

Sanger a particulièrement détesté :

“… un type particulier de philanthropie ou de bienveillance, … qui me semble plus insidieusement nuisible que tout autre… pour fournir gratuitement des services médicaux et infirmiers aux mères des bidonvilles.” (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 114, 1922)

Selon Margaret, un tel investissement de temps, d’efforts, de ressources et d’amour représentait le summum de la futilité :

“… nous payons et nous nous soumettons même aux diktats d’une classe sans cesse croissante d’êtres humains qui n’auraient jamais dû voir le jour…” (Sanger, Le pivot de la civilisation, p. 187, 1922)

Le Planning Familial conserve aujourd’hui un rôle actif dans le projet de réglementation eugénique de la dictature scientifique. Malgré les révélations d’atrocités nazies qui ont constitué un désastre en termes de relations publiques pour l’organisation, Planned Parenthood a survécu et continue à concrétiser la vision de Sanger. En fait, le président soi-disant “conservateur, pro-vie, pro-famille, chrétien”, George Bush père, a promis son soutien sans réserve au groupe. Les chercheurs Tarpley et Chaitkin expliquent :

Bien que le Planning des naissances ait été imposé, pendant l’ère fasciste et immédiatement après, afin d’atténuer la rhétorique raciste de Sanger, passant de “l’amélioration raciale” à la ” planification familiale ” au profit des pauvres et des minorités raciales, l’objectif fondamental de l’organisation de freiner la croissance démographique des ” indésirables ” n’a jamais vraiment changé. Bush a publiquement affirmé qu’il était d’accord avec Planned Parenthood.” (Tarpley & Chaitkin, p. 195, 1992)
Transhumanisme : Techno-Eugénisme et fin de l’humanité

Aujourd’hui, le programme de totalitarisme biologique de Galton a refait surface sous le nom de World Transhumanist Association. Cependant, équipé de nanotechnologies et de génie génétique, ce mouvement présente une forme d’eugénisme technologiquement augmentée. Richard Hayes, directeur exécutif du Center for Genetics and Society, élabore :

“En juin dernier, à l’Université Yale, l’Association transhumaniste mondiale a tenu sa première conférence nationale. Les Transhumanistes ont des chapitres dans plus de 20 pays et prônent l’élevage de formes ” génétiquement enrichies ” d’êtres ” post-humains “. D’autres partisans du techno-eugénisme, comme Lee Silver, professeur à l’Université de Princeton, prédisent que d’ici la fin du siècle, ” tous les aspects de l’économie, des médias, de l’industrie du divertissement et de l’industrie du savoir [seront] contrôlés par les membres de la classe GenRich… Les Naturels travailleront comme ouvriers ou prestataires de service mal rémunérés…” (Hayes, 2004)

Voici la vision du mouvement transhumaniste… Le Meilleur des mondes de Huxley où la nouvelle distinction de classe est génétique. Pourtant, combien de temps la classe GenRich tolérera-t-elle l’existence de ses subordonnés biologiques ? Hayes continue :

“Que se passera-t-il alors ? Voici le Dr Richard Lynn, professeur émérite à l’Université d’Ulster, qui, comme Silver, soutient la modification génétique humaine : ” Ce qu’il faut ici, ce n’est pas un génocide, le meurtre de la population des cultures incompétentes. Mais nous devons penser de manière réaliste en termes de “retrait progressif” de ces peuples… Le progrès évolutif signifie l’extinction des moins compétents”. (Hayes, 2004)

C’est une proposition effrayante, en effet. C. Christopher Hook définit la philosophie qui sous-tend le transhumanisme :

Que nous soyons des créatures biologiques est simplement notre statut actuel, croient les transhumanistes, mais ce n’est pas nécessaire pour définir qui nous sommes ou qui nous devrions être. Bart Kosko, professeur de génie électrique à l’Université de Californie du Sud, le dit plus directement dans son livre Heaven in a Chip (2002) : “La biologie n’est pas le destin. Ça n’a jamais été plus qu’une tendance. C’était juste la première façon rapide et sale de la nature de calculer avec de la viande. Les puces électroniques sont la destinée.”

Le roboticien britannique Kevin Warwick l’a dit ainsi : “Je suis né humain. Mais c’était un accident de la vie, une condition de temps et de lieu”. Cela rappelle d’emblée ce que le nihiliste Frederick Nietzsche écrivait dans Thus Spake Zarathustra : “Je vous enseigne le surhomme. L’homme est quelque chose à surmonter ” (Hook, 2004).

Comme le surhomme de Nietzsche, le roboman de Warwick et Kosko représente une nouvelle incarnation de “l’Aréopagite intérieure d’Adam Weishaupt : l’homme rendu parfait comme un dieu sans Dieu” (Billington, p. 97, 1980). Une caractéristique centrale du darwinisme a été la croyance en de grandes extinctions. Cette conviction demeure fermement ancrée dans la croisade du mouvement transhumaniste. Hook élabore :

Katherine Hayles, professeure d’anglais à l’Université de Californie, Los Angeles, dit dans How We Became Posthuman (1999) que : ” dans le posthumain, il n’y a pas de différences essentielles, ou de démarcations absolues, entre existence corporelle et simulation informatique, mécanisme cybernétique et organisme biologique, technologie robotique et buts humains “. Elle conclut son livre par un avertissement : ” Les humains peuvent soit entrer doucement dans ce crépuscule, rejoindre les dinosaures comme une espèce qui régnait autrefois sur la terre mais qui est maintenant obsolète, soit s’accrocher un peu plus en devenant eux-mêmes des machines. Dans un cas comme dans l’autre, l’ère de l’humain touche à sa fin.” (Hook, 2004)

Selon la doctrine darwinienne du mouvement transhumaniste, l’humanité est la prochaine espèce appelée à disparaître. Comment la classe GenRich entend-elle réguler le reste des “dysgéniques” jusqu’à leur extinction définitive ? L’idéologue transhumaniste et directeur adjoint de la Division de l’information et des systèmes intelligents de la National Science Foundation, William Sims Bainbridge, fournit la réponse :

“Des techniques telles que le génie génétique, les psychotropes et le contrôle électronique du cerveau permettent une transformation de l’espèce en organismes dociles, pleinement obéissants et “sûrs”.” (Bainbridge, 1982)

En d’autres termes, le totalitarisme pharmacologique du meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Chimiquement engourdis et anesthésiés, les “dysgéniques” se résigneront à disparaître à l’ère posthumaine. Pendant ce temps, les alchimistes eugénistes de l’élite continuent d’écrire le dernier chapitre du script évolutionnaire et ils n’ont laissé aucune place à l’humanité dans les dernières pages.

Pour aller plus loin :

Laurent Alexandre : transhumanisme (14-01-2019)
Interdit d’interdire - Laurent Alexandre et Etienne Klein : le progrès en débat

Sources citées
  • Bainbridge, William Sims, “Religions for a Galactic Civilization”, extrait de Science Fiction and Space Futures, édité par Eugene M. Emme. San Diego : American Astronautical Society, pages 187-201, 1982.
  • Billington, James H, Fire in the Minds of Men : Origines de la foi révolutionnaire, Basic Books, Inc, New York, 1980.
  • Chase, Allan, The Legacy of Malthus, Knopf : distribué par Random House, 1977.
  • Darlington, ” The Origin of Darwinism “, Scientific American, mai 1959
  • Galton, Francis, Hereditary Genius, Macmillan, Londres, 1869.
  • Galton, Francis, Inquiries into Human Faculty and its Development, New York, MacMillan and Co. 1883.
  • Hayes, Richard, “Selective Science”, 12 février 2004.
  • Hook, C. Christopher, “The Techno Sapiens Are Coming”, janvier 2004.
  • Huxley, Thomas, Evolution and Ethics and Other Essays, New York : Appleton, 1896.
  • Rudin, Ernst, “Eugenic Sterilization : An Urgent Need”, Birth Control Review, volume XVII, numéro 4, avril 1933.
  • Sagan, Carl, Cosmos, Random House, New York, 1980.
  • Sanger, Margaret, The Pivot of Civilization, Brentano’s Press, NY, 1922.
  • Sanger, Margaret, “Plan for Peace”, Birth Control Review, Volume XVI, Numéro 4, avril 1932.
  • Strong, Josiah, Our Country, New York, 1885.
  • Tarpley, Webster & Anton Chaitkin, George Bush : The Unauthorized Biography, Executive Intelligence Review, Washington D.C., 1992.
  • Wagar, W. Warren, H.G. Wells and the World State, Yale University Press, New Haven, 1961.
  • Wilmshurst, W.L., The Meaning of Masonry, Gramercy Books, New York 1980.
À propos de l’auteur

Phillip D. Collins a été responsable de la rédaction de The Hidden Face of Terrorism. Il est agrégé des arts et des sciences. Actuellement, il étudie en vue d’obtenir un diplôme de premier cycle en communications à la Wright State University. Au cours de sa carrière universitaire de sept ans, Phillip a étudié la philosophie, la religion et la littérature classique. Il est co-auteur du livre La montée de la dictature scientifique : Un examen de l’autocratie épistémique, du 19e au 21e siècle, qui est disponible en ligne ici.




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