Opération Hiram

La Franc-maçonnerie Italienne et la Mafia

Publié le 31 août 2008 sur le blog Conspiracy Archive


En juin 2008, il était question (en anglais) d’une enquête menée par les autorités italiennes “sur des tentatives visant à ralentir les poursuites judiciaires contre des membres de la mafia avec l’aide de membres de la franc-maçonnerie” :

(AGI) - Palerme, le 17 juin - Huit arrestations ” importantes ” ont été effectuées par la police de Trapani et d’Agrigente hier soir, à l’issue d’une enquête menée par le département du district anti-mafia de Palerme sur les tentatives de ralentissement des poursuites judiciaires contre des membres de la mafia avec l’aide des membres de la Franc-maçonnerie. L’une des personnes arrêtées est Michele Accomando, entrepreneur à Mazara del Vallo (Trapani), déjà arrêtée en 2007, accusée d’appartenance à la mafia. L’homme est membre de la loggia “Gran Serenissima” de la Franc-maçonnerie de Trapano. Un fonctionnaire du ministère des Finances travaillant à Agrigente, Calogero Licata, ainsi qu’un homme d’affaires d’Agrigente, Nicola Sorrentino, et un employé de la Cour de cassation, Guido Peparaio, employé du greffe de la deuxième section pénale de la Cour de cassation ont été arrêtés. Mais selon les enquêteurs, le personnage clé est un autre interpellé, le marchand de pneus romain Rodolfo Grancini.

Un gynécologue de Palerme, Renato De Gregorio, qui aurait été favorisé par le retard de son procès en cassation, et une policière, Francesca Surdo, secrétaire du directeur du Service central opérationnel de la police d’état, sont également en garde à vue.

Il y avait plus de détails dans les jours qui ont suivi, mais la plupart étaient en italien. D’après ce que j’ai pu recueillir à l’époque, la force opérationnelle a été (intelligemment) nommée Opération Hiram [Operazione Hiram]. Il y avait au moins un mafieux-maçon Michele Accomando arrêté, et Calogero Licata, Nicola Sorrentino, Guido Peparaio, Rodolfo Grancini et Renato De Gregorio auraient bien pu être également francs-maçons. Le Grand Maître du Grand Orient d’Italie, Gustavo Raffi, assurait dans la presse qu’il protégerait la réputation de la Franc-maçonnerie et que celle-ci observerait la procédure pénale comme partie civile ; un des suspects était le Grand Maître Stefano De Carolis de la Grande Loge ‘Unita d’Italia’ ; était également impliqué un Prêtre Jésuite de Rome, le Père Ferruccio Romanin (sources : Chi sono gli arrestati ; et les archives de la Grande Loge d’Italie sur les reportages dans la presse).

Un autre compte-rendu en anglais, le même jour :

Palerme, le 17 juin (AKI) - La police a perquisitionné mardi la plus haute cour d’appel d’Italie, dans le cadre d’une enquête antimafia qui a abouti à huit arrestations lundi, selon le site Internet du quotidien italien La Repubblica.

L’enquête explore la collusion présumée entre les patrons de la mafia et les membres des loges maçonniques pour retarder les procès en instance devant la cour de cassation italienne.

En vertu du délai de prescription en Italie, les affaires deviennent automatiquement caduques après un certain délai si le procès n’est pas terminé.

La police antimafia a effectué des perquisitions au siège de la Cour de cassation de la capitale, à Rome, a indiqué La Repubblica.

Un employé du tribunal faisait partie des huit personnes arrêtées lundi soir. Parmi les accusations portées contre les suspects figurent l’association de malfaiteurs, la perversion de la justice, les détournements de fonds, l’accès illégal aux systèmes informatiques des tribunaux et la divulgation d’informations confidentielles.

Parmi les personnes arrêtées figurent une policière, un gynécologue de Palerme, des entrepreneurs d’Agrigente et de la ville côtière de Trapani, dans l’ouest de la Sicile.

Le gynécologue, qu’une cour d’appel a reconnu coupable d’actes sexuels violents à l’encontre d’une mineure, aurait versé des pots-de-vin substantiels pour faire classer son affaire devant la cour de cassation, a déclaré La Repubblica.

L’affaire du médecin est devant le tribunal depuis trois ans, a rapporté La Repubblica.

Des dizaines de perquisitions policières se poursuivent dans le cadre de l’enquête antimafia, baptisée ” Hiram “, qui a débuté en 2006 lorsque la police a enquêté sur plusieurs familles mafieuses à Trapani.

L’enquête implique des enquêteurs antimafia de Trapani, la ville sicilienne d’Agrigente, Rome et la ville italienne centrale de Terni, d’après La Repubblica.

Cela n’a rien de nouveau pour la franc-maçonnerie italienne. P2 (Propaganda Due) est l’exemple le plus célèbre de conspiration franc-maçonnique en Italie, mais il y a aussi un livre de Peter T. Schneider qui entre dans les détails spécifiques de l’histoire italienne de collusion de la Franc-maçonnerie avec la mafia. Voici donc quelques extraits choisis de “Reversible Destiny : Mafia, Antimafia, and the Struggle for Palermo” (pp. 75-77) :

  • “Les conspirateurs du coup d’État des années 1970 [Borghèse] ont forgé leur alliance anticommuniste en transformant certaines loges maçonniques en lieux de rencontre ” (75).
  • L’important chef de la mafia Salvatore Greco (“L’Ingénieur”) aurait “rejoint la Loge Garibaldi en 1946”. Un autre gangster (Antonino Cottone), un parent de ce dernier, était connu pour avoir été membre d’une autre loge entre 1944 et 1956. (76)
  • Un autre maçon-mafioso était Nino Salvo ; son “frère Alberto en faisait également partie”. Au fur et à mesure que ” les Corleonesi ont pris de l’importance dans les années 1980, Riina a engagé un Palermitain, Pino Mandalari, comme comptable et conseiller en affaires. Mandalari et Siino, son “ministre des Travaux publics”, étaient à la fois maçons et complices de la mafia.” (76)
  • Les maçons voulaient former une coalition avec les membres les plus haut placés de la mafia… Michele Greco (cousin de Salvatore) et Bontade lui-même ont été choisis… Palerme, Pippo Calderone…de Catane.” (76)
  • “Selon l’ancien grand maître du Grand Orient, Giuliano DiBernardo, pendant les années 1976-80, les mafiosi ont rivalisé pour devenir maçons… c’était la façon dont la mafia de la drogue se rapprochait du et infiltrait le pouvoir.” (76)
  • “Des idéologues rejoignaient les loges super-secrètes ainsi que des mafiosi.” (76)
  • Au cours des “longues années 1980”, les noms des loges maçonniques sont devenus des ” Mots clés dans la presse “. Les lecteurs des journaux savaient, par exemple, que l’enseigne, “Centro Sociologico Italiano”, affiché sur la porte d’un palais… était en réalité une couverture pour cinq loges qui tiennent leurs réunions à l’intérieur. Les loges secrètes de Trapani, la deuxième ville mafieuse la plus importante, se réunissent sous le couvert du Circolo Scontrino…” (77)
  • La Commission Antimafia rapportait en 1986 “qu’il y avait 2.441 hommes d’honneur [Mafiosi]….répartis entre 113 loges en Sicile”. De ce nombre, 33 [comme c’est symbolique !] ont été inculpés ou condamnés, et 335 autres figuraient dans divers dossiers de la police.” (77)
  • Ancien mafieux devenu informateur, Siino a révélé les “loges secrètes où patrons et politiciens, hommes d’affaires et bureaucrates, s’asseyaient autour d’une table… pour partager les marchés publics, jonglant avec l’apport d’un cercle plus large d’élus, de coopératives “rouges”, de carabiniers, de magistrats, d’entrepreneurs nord-italiens”. (77)
  • Les années 80 ont également vu un “enchevêtrement croissant entre les mafieux et les services secrets autorisés par l’État”. (77) … Puis arriva P2.

La maçonnerie et la mafia sont tellement imbriquées en Italie que les rituels d’initiation au sein des loges ont désormais une connotation mafieuse. Dans la loge maçonnique de Trapani, en Sicile, par exemple, l’initiateur et l’initié s’entaillent les poignets, les placent l’un contre l’autre, et s’embrassent sur les lèvres. L’ancien truand sicilien, Leonardo Messina, a dit : “Beaucoup d’hommes d’honneur (“uomini d’onore”), en particulier ceux qui réussissent à devenir chefs de la mafia, appartiennent à la franc-maçonnerie…parce que c’est dans la franc-maçonnerie qu’ils peuvent avoir des relations totales avec les entrepreneurs et avec les institutions.” (Voir Donatella Della Porta, Alberto Vannucci, “Corrupt Exchanges : Actors, Resources, and Mechanisms of Political Corruption”, Aldine Transaction, 1999, p. 168).




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