Le Minotaure et le Vengeur du Dahlia Noir

Par Troy D. McLachlan - Publié sur le blog The Saturn Death Cult


Le Minotaure et le Vengeur du Dahlia Noir

“Les images sont absolument horrifiantes - mais c’est malheureusement ce à quoi ressemble un crime ritualisé pratiqué par l’élite. Vous avez été prévenu.”
David McGowan (commentaires sur la scène de crime et photos d’autopsie d’Elizabeth Short) - “Inside The LC : L’histoire étrange mais surtout véridique de Laurel Canyon et de la naissance de la génération Hippie
Partie XVIII
Le 26 mai 2011

Un élément clé pour comprendre le rôle joué par le culte de la mort saturnien dans l’histoire de l’humanité est de comprendre qu’il n’est pas le promoteur d’une conspiration particulière, mais le promoteur d’une culture du meurtre dans laquelle la conspiration peut prospérer. Le mot d’ordre ici est ” culture “, et l’une des composantes majeures de toute expression de la culture humaine réside dans ses réalisations artistiques. Lorsque la cruauté rituelle apparaît sous la forme artistique, en particulier ce genre d’art qui implique des thèmes de violence sexuelle et de dégradation humaine, alors ce que nous avons est la preuve évidente d’une culture meurtrière imprégnant notre société.

Entre les années 1920 et la fin des années 1940, les violentes doctrines libertines d’un aristocrate français du XVIIIe siècle, le marquis de Sade, étaient devenues populaires parmi les gens soi-disant “sexuellement sophistiqués”. Cette époque particulière a également apporté une autre contribution notable à une liste de plus en plus longue d’ouvrages traitant de pratiques sexuelles abusives avec des nuances rituelles, parmi lesquels le très étrange “La Vénus à la fourrure” de Léopold von Sacher-Masoch. Jusqu’aux années 1970, les deux auteurs sont restés interdits dans de nombreux pays occidentaux.

Au début des années 1950, la sortie du fameux roman “Histoire d’O” de Pauline Reage couronnait un âge d’or de subversion sexuelle souterraine qui allait bientôt se réinventer dans le nouveau et explosif choc culturel appelé rock’n’ roll. Mais la moue rebelle d’Elvis & Co. s’avérerait un piètre substitut pour les véritables aficionados du marquis de Sade, de Masoch et de Reage. Pour ces gens-là, le frisson du BDSM en tant que philosophie vivante ne peut être surpassé que par son application réelle aux victimes non consentantes. Le meurtre pour le plaisir sexuel devient ainsi la combinaison ultime de la liberté artistique et de la domination totale sur un autre être humain.

Dans l’entre-deux-guerres, nous trouvons aussi dans ce sillage les crimes presque incompréhensibles de deux hommes aux influences sociales très différentes, mais aux pulsions psycho-sexuelles très similaires. Ces deux hommes partageaient un intérêt commun qui est crucial pour comprendre comment cette histoire se déroule et comment un événement singulier, mais pas unique, dans les années 1940 à Los Angeles trahit la terrible vérité selon laquelle une culture de meurtre et de mort nous poursuit encore de nos jours mais a ses racines dans ce que beaucoup considèrent être ” les bons vieux jours d’antan”.

Aux États-Unis, l’humble visage de grand-père d’Albert Fish dissimulait une sombre tendance à l’enlèvement, au meurtre, à la préparation en cuisine et à la dégustation de jeunes filles pubères. Ceci après que Fish ait commencé très tôt dans sa vie par les joies de la coprophagie (il mangeait ses excréments) avant de devenir un prostitué, une profession qu’il a rapidement développée vers le viol homosexuel et la torture de garçons mineurs avant son carnage meurtrier à la fin des années 1920.

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, un certain Herr Schicklgruber expérimentait aussi la défécation comme moyen de domination sexuelle sur ses partenaires, l’acte particulièrement vil et humiliant de la coprophagie forcée. Bien sûr, Schiklgruber serait finalement révélé au monde comme Adolf Hitler, et il est souvent supposé que l’appétit fécal du futur dictateur allemand fut la cause principale du suicide de l’une des premières maîtresses de Hitler.

Alors même que le milieu du XXe siècle se dirigeait vers les horreurs de la guerre totale, de l’anéantissement nucléaire et des génocides sur une échelle industrielle, Henry Miller et Lawrence Durrell se sont réunis autour de la Villa Seurat avec divers dadaïstes et existentialistes pour discuter des ” vertus ” philosophiques de l’inceste, du viol, de la torture, du meurtre et de la domination sexuelle. Ces pionniers de la prose de quatre lettres ont été secondés par les tactiques de choc subartisanes du mouvement artistique surréaliste qui ont eu le plaisir de présenter au monde l’image du globe oculaire d’une jeune fille crevé par un rasoir, entre autres choses. Le photographe Man Ray fut l’un des meneurs de cette nouvelle génération de non-conformistes et libres-penseurs, dont l’oeuvre célèbre “Minotaure” jouera un rôle si important dans cette histoire.

Et ainsi… Cette histoire continue … au cœur de la banlieue ensoleillée de Los Angeles dans les années 1940, où un brillant et riche médecin hollywoodien, dont la spécialité était le traitement des maladies vénériennes, méditait avec reconnaissance sur les mérites artistiques et philosophiques de tout ce qui précède ; son nom était Dr George Hodel.

Elizabeth Short : prétendante actrice ? Entre-temps, et à quelques minutes en voiture de la rue ensoleillée de la banlieue ensoleillée de Hodel, se trouvait le monde de la prétendante actrice Elizabeth Short, un monde très différent de celui du bon docteur sur le plan du statut social.

Alors qu’il y avait très peu d’hommes à Los Angeles avec l’éducation raffinée et le statut social du Dr Hodel, le Los Angeles de la fin des années 1940 était rempli de filles comme Elizabeth Short. Ce que la plupart de ces filles partageaient avec Betty, 22 ans, c’était le rêve d’avoir une liaison romantique avec un homme riche dont elles espéraient devenir la femme. Cependant, contrairement à la majorité de ses contemporaines féminines, l’expérience romantique d’Elizabeth Short dans la Cité des Anges fut d’être brutalement torturée et mutilée, coupée en deux, vidée de tout son sang et enfin grotesquement exposée comme un ” cadavre exquis ” sur une parcelle désaffectée à Los Angeles le 15 janvier 1947.

Pour l’observateur de l’héritage du culte de la mort Saturnien, le meurtre d’Elizabeth Short semble être un cas évident de meurtre rituel. Et comme il est souligné dans la citation au début de cet article, les résultats d’un meurtre rituel pratiqué par l’élite sont rarement un spectacle attrayant. Mais c’est justement la façon dont on peut prétendre qu’il s’agit d’un exemple de meurtre rituel d’élite dans le cadre culturel induit par un culte de la mort Saturnien qui est le sujet de cet article.

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Une photo d'Elizabeth Short prise lors de son arrestation pour consommation d'alcool avant l'âge légal.

Le cas d’Elizabeth Short a été sensationnalisé par la presse à l’époque comme le meurtre du Dahlia noir et il reste à ce jour probablement le meurtre non résolu le plus atroce de l’histoire de Los Angeles. Son tueur contactera plus tard les médias en se faisant appeler le Vengeur du Dahlia Noir. Selon un ancien détective à la retraite de la brigade criminelle de Los Angeles, le “Black Dahlia Avenger” était un médecin faisant partie de la haute-société d’Hollywood, qui avait été impliqué à l’époque dans des avortements illégaux, et qui avait déjà été jugé et acquitté pour inceste sur sa très jeune fille. Pour ceux qui n’ont pas encore relié les points, le nom de ce médecin était George Hodel. Incroyablement, il était aussi le père du même ancien détective de la police de Los Angeles qui a prétendu que le spécialiste des maladies vénériennes était le meurtrier du Dahlia noir.

Le détective à la retraite Steve Hodel avait initialement abordé l’affaire du Dahlia noir avec l’intention de disculper son père, un suspect principal de la police de Los Angeles dans cette affaire notoire. Ses enquêtes l’ont amené à produire un best-seller sur le sujet dans lequel il a inversé sa croyance en l’innocence de son père et l’a plutôt identifié comme la réalité effrayante derrière le personnage du Vengeur du Dahlia Noir.

On ne peut que s’interroger sur l’effet que cette découverte doit avoir produit sur Steve Hodel, maintenant dans ses vieux jours, et qui n’était qu’un jeune homme au moment du meurtre de Short. Steve Hodel a ensuite établi un lien entre son père et un certain nombre de meurtres non résolus dans la région de Los Angeles, ainsi qu’avec les meurtres troublants par leur similitude de Chicago en 1945 (“Lipstick Killings”) pour lesquels un autre homme (innocent ?) a été condamné. Plus récemment, il a également affirmé de façon sensationnelle que George Hodel était derrière les meurtres du Zodiaque qui ont terrorisé San Francisco à la fin des années 1960. Mais c’est une autre histoire…

Dr George Hill Hodel, suspect dans le meurtre d'Elizabeth Short, le dahlia noir. Disons simplement que l’histoire de la famille de Steve Hodel est compliquée, comme à peu près tout ce qui est lié au meurtre d’Elizabeth Short. Cependant, ce qui n’est pas compliqué, c’est la nature rituelle évidente du meurtre et l’exposition du corps d’Elizabeth Short d’une manière aussi artificielle. Il n’y a rien de compliqué à conclure qu’il y avait un élément rituel dans son meurtre - mais la question demeure pour l’auteur du présent article quant à la profondeur et à la finalité des intentions rituelles de son assassin.

À ce stade, je dois avouer que je n’ai lu aucun des livres publiés par Steve Hodel sur le sujet. Au lieu de cela, j’ai glané la majorité de mes conclusions en parcourant son excellent site Web et de nombreuses autres sources Internet connexes. Par conséquent, cet article ne tente pas d’analyser les preuves pour et contre la culpabilité de George Hodel, mais plutôt d’examiner les connaissances que nous pourrions acquérir sur le meurtre rituel dans le paysage de l’élite hollywoodienne - en particulier celui de la célébrité et du meurtre rituel pratiqué par l’élite et de son lien avec le legs du culte de la mort Saturnien.

Cependant, avant d’aller plus loin dans cette discussion, je tiens à préciser que s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est qu’Elizabeth Short serait absolument horrifiée et humiliée que les conséquences de ses souffrances aient maintenant dégénéré en un spectacle obscène sur Internet où ses restes nus et torturés ont été exposés à des millions de spectateurs. Les clichés sont effroyables à l’extrême et, pour cette raison, je n’ai pas l’intention de montrer ces images sur ce site Web.

(Steve Hodel a maintenu une position similaire sur son site Web avec laquelle je suis entièrement d’accord. Au lieu de cela, pour démontrer les aspects rituels de son meurtre, j’utiliserai des reconstructions le cas échéant - des reconstructions aseptisées… Certains esprits retors n’ont déjà pu que bien trop se délecter de la mort abominable d’Elizabeth Short et du choc qu’elle a produit. Plus loin dans cet article, je dirigerai les lecteurs vers un site Web contenant une collection complète d’images du Dahlia Noir et d’œuvres d’art connexes pertinentes à cette histoire. Cependant, vous êtes averti de la nature graphique des images que vous y trouverez).

En évaluant ma propre connaissance du meurtre, ma première introduction à l’affaire du Dahlia noir a été de voir le film True Confessions de Robert De Niro de 1981 qui était un drame fictif vaguement basé sur l’assassinat d’Elizabeth Short. Ça ne m’a pas plu. C’est un de ces films qui vous laisse un sentiment d’inconfort et de vide longtemps après avoir quitté le cinéma. Des années plus tard, je tombais sur des photographies d’Elizabeth Short prises alors qu’elle était encore en vie. Il s’agit des photos de la police qui ont été prises après son arrestation pour consommation d’alcool alors qu’elle n’avait pas dix-neuf ans. Il y a un regard perdu au fond de ses yeux, probablement à cause de l’alcool, mais avec le recul, cela semble prophétique.

Plus tard, je verrais les photos révoltantes de son cadavre profané et les images d’autopsie indécentes qui font maintenant le tour des forums Internet. Les brutalités qu’ a subi cette femme dans ses dernières heures sont presque incompréhensibles. Les marques de ligature autour de la gorge montrent des signes d’étranglement ; le sinistre ” sourire blagueur ” qui lacérait ses joues à partir des coins de sa bouche ; les fentes minuscules sur sa lèvre supérieure ; le traumatisme contondant à la tête qui l’a effectivement tué ; et les multiples brûlures de cigarette sur son dos (dont Steve Hodel a fait foi - voir section 27.4 dans ce PDF). Son torse est profondément mutilé ; le sein droit, le côté gauche et la cuisse gauche, la région pelvienne et la région génitale ; toutes ces marques sinistre à l’extrême, et son corps finalement coupé en deux à la taille.

Ensuite, il y a le fait qu’on l’a obligée à manger des excréments dans le cadre de son supplice. Il semble que, qui que soient son ou ses meurtriers, ils partageaient le même intérêt pour la consommation des excréments avec messieurs Messer et Hitler mentionné plus haut et, en fait, le marquis de Sade lui-même. Le rapport d’autopsie indique également qu’Elizabeth Short souffrait de caries dentaires avancées, un signe certain qu’elle avait du mal à joindre les deux bouts. Elle n’avait que vingt-deux ans, dans la fleur de l’âge, mais sa santé était un désastre. Quant à ses derniers instants, la durée de son supplice ne peut être estimée par personne - malheureusement, il n’y a pas de délai prescrit pour le temps nécessaire à commettre un meurtre rituel.

Mais quel genre de rituel (le cas échéant) et dans quel but Elizabeth Short a-t-elle été mutilée ?

En essayant de glaner le plus d’informations possible sur le sujet, je suis tombé sur des commentaires sur le site Web de Steve Hodel qui m’ont donné à réfléchir lorsqu’il a été envisagé que le meurtre d’Elizabeth Short était un acte rituel. Le premier était sa réponse à la question de savoir si le suspect principal George Hodel aurait eu des influences occultes/sataniques comme motif pour tuer Elizabeth Short d’une manière aussi brutale. À mon avis, la question va au cœur du problème : quel genre d’homme était George Hodel ? Je cite l’échange ci-dessous :

Par Kathie le 7 juin 2009 à 11h41 Sur le site Beth Short.com, il y avait quelqu’un qui essayait d’établir un lien entre la mort de Short et l’occulte/Crowley. Avez-vous trouvé des preuves que votre père s’intéressait aussi à Crowley ou que Fred Sexton s’y intéressait ?

Par Steve Hodel le 7 juin 2009 à 13h01 Non. Au contraire, tout ce que je sais sur mon père va dans la direction opposée. Étant un homme de science (ainsi qu’un misanthrope et un nihiliste), il n’avait aucun intérêt ou croyance dans les “ismes” ou philosophies. Dans ses conversations avec moi, il m’a dit clairement qu’il avait un mépris total pour tout ce qui était métaphysique ou “occulte”. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’identifiait pas et ne souscrivait pas personnellement aux pensées d’une âme sœur comme le Marquis De Sade, mais c’était personnel et privé. George Hodel était un solitaire, pas un suiveur. Je ne peux pas parler au nom de Fred Sexton, mais j’en doute sérieusement.

(Voir la section commentaires sur ce site web)

Ce qui précède est très significatif parce que, si George Hodel était effectivement l’assassin d’Elizabeth Short, nous avons un cas confirmé d’un non-occultiste se livrant à des activités apparemment rituelles pendant le meurtre de sa victime. Cela implique que les rituels meurtriers ne se limitent pas nécessairement aux actions des occultistes et des pratiquants religieux. Dans le cas de George Hodel, cela signifie que ces types de rituels sont en fait une indication de ceux qui recherchent le contrôle et le pouvoir sur les autres.

Quand j’ai dit que l’échange ci-dessus va à l’essentiel, à savoir quel genre d’homme était George Hodel, cela vaut aussi pour savoir quel genre d’entité est le Culte de la mort Saturnien. La force motrice derrière de tels actes rituels se révèle être la recherche du ” pouvoir “, suivie de la reconnaissance de ce pouvoir par les autres - le rituel devient simplement son mécanisme.

Bien que je sois d’accord avec Steve Hodel quant à ce que le profil psychologique de son père l’empêche d’être un “suiveur”, l’adepte d’une secte ou d’un groupe existant, on peut soutenir que George Hodel aurait quand même cherché à être reconnu par ses pairs. Cela peut avoir été important pour lui en dépit, évidemment, de l’examen minutieux par la police qu’une exposition publique de ses activités meurtrières présumées apporterait inévitablement. Cependant, le désir de s’adresser à un auditoire appréciatif de pairs aux vues similaires justifierait le risque et servirait à valider ses méfaits privés.

Faute d’une meilleure description, on peut assimiler cet auditoire postulé de pairs appréciatifs à ceux qui appartiennent à une classe de gens qui prétendent être “l’aristocratie de fait”, un terme utilisé par Daniel Estulin, célèbre observateur des Bilderbergers, pour décrire ces élitistes qui aspirent à dicter les affaires des hommes dans les coulisses. Dans le cas de George Hodel, ses pairs potentiels semblent avoir été ces artistes élitistes actifs dans les sphères de l’art et de la célébrité.

Il est bien connu que le marquis de Sade a continué jusqu’à ce jour à jouir du statut de célébrité posthume. Les efforts littéraires de l’aristocrate français continuent d’influencer les misanthropes en puissance et il convient de noter que Steve Hodel désigne le marquis comme un possible père spirituel par une semblable disposition d’esprit. Ce que nous savons, c’est que les écrits du marquis faisaient partie de la bibliothèque personnelle de George Hodel et qu’une bonne partie des récits du “divin marquis” portaient sur des victimes forcées de manger des excréments, entre autres actes plus abjects. Il faut se rappeler que l’autopsie d’Elizabeth Short a révélé qu’elle a été forcée de manger des excréments.

Mais la réponse de Steve Hodel, citée plus haut, indique également qu’il considère que son père a cultivé un état d’esprit de type ” solitaire “. Il est important de noter ici que cela correspond tout à fait à l’état d’esprit de ceux qui aspirent à devenir artistes. Bien que la plupart des artistes recherchent la reconnaissance pour leurs efforts, leurs techniques et leurs motifs de base sont souvent gardés privés. Les artistes sont notoirement des gens volontaires obsédés par leurs propres fins, tout en faisant souvent preuve d’un tempérament très enfantin dans la poursuite de leurs objectifs. Cela ne veut pas dire que George Hodel était un artiste, mais plutôt que, comme la plupart des artistes en herbe, il cherchait délibérément à obtenir des éloges pour son travail, tout en évitant d’éclairer sa pratique - ce qui est compréhensible, car même à ce stade fatigué du développement moral humain, le meurtre considéré comme l’un des beaux-arts reste encore quelque chose d’assez mal perçu, n’est-ce pas…

Dans une approche très originale du meurtre tristement célèbre, les auteurs Mark Nelson et Sarah Hudson Bayliss tentent d’avancer une hypothèse dans leur livre “Exquisite Corpse : Le surréalisme et le meurtre du dahlia noir” quant à l’inclusion délibérée par le tueur de motifs surréalistes sur le cadavre de la victime ainsi que dans la manière dont il a été exposé. Principalement, la configuration artificielle dans laquelle le haut du torse d’Elizabeth Short a été trouvé présente des similitudes remarquables avec la composition de l’œuvre de Man Ray qui est intitulée “Minotaure”, une photo remplie de symboles et d’archétypes surréalistes populaires. Mais cela ne s’arrête pas là.

Le motif du torse nu disséqué d’une femme était une base douteuse du répertoire du mouvement surréaliste. Le concept a orné de nombreuses œuvres de divers artistes avant et après l’horrible meurtre d’Elizabeth Short. En fait, il y a tellement de symboles et de motifs surréalistes inhérents à la scène de crime du Dahlia noir qu’on est presque submergé par les parallèles évidents entre ce style artistique et la réalité hideuse du Dahlia noir. (Voir ici pour une comparaison choquante des ” apparences ” du dahlia noir dans le monde de l’art surréaliste - soyez averti ; images graphiquement dérangeantes)

Le torse féminin disséqué est un motif fréquent dans l'art surréaliste : Reconstitution 3D aseptisée de la scène de crime du Dahlia noir (à gauche) comparée à “Minotaure ”de Man Ray (en haut à droite), et un détail de “Marshes of Summer” de René Magritte, 1939

La possibilité que George Hodel aspire à devenir un meurtrier-artiste nous offre un catalyseur possible pour transformer un acte pathétique de domination sexuelle et de meurtre en une monstrueuse publicité d’intention. La pose étudiée du torse en bissectrice d’Elizabeth Short devient un énoncé symbolique qui doit être compris par ceux qui ont des yeux pour voir. En cela, nous pouvons voir comment son corps soigneusement exposé a pu indiquer un besoin de la part du tueur d’incorporer des archétypes et des symboles rituels reconnaissables dans le corps d’Elizabeth Short comme une déclaration d’arrivée dans des cercles raréfiés. Cela explique pourquoi Elizabeth Short a dû devenir un ” cadavre exquis “, et pas seulement une autre statistique du crime sexuel.

La conclusion très troublante est qu’en ce qui concerne George Hodel, faire partie du gang par procuration de sa macabre sculpture de viande a non seulement servi à l’élever au statut de compagnon artiste, mais a aussi servi d’acte ultime de surenchère - alors que ses pairs ont simplement peint et photographié des fac-similés du torse féminin détruit, lui l’avait réellement fait !

Le mouvement artistique surréaliste entrait dans son crépuscule au moment du meurtre d’Elizabeth Short, bien qu’il n’y ait aucune preuve suggérant que Man Ray ou l’un de ses collègues dadaïstes ait quelque chose à voir avec sa mort. Fait intéressant, Steve Hodel est en mesure de confirmer que Man Ray et George Hodel jouissaient d’une amitié personnelle étroite, il est donc raisonnable de supposer que Hodel ait tenu le photographe dadaïste en haute estime. Peut-être Man Ray était-il une “âme sœur” de la même façon que le marquis de Sade dans l’esprit de George Hodel.

En passant, et contrairement à l’idée reçue, le marquis de Sade n’était ni occultiste, ni sataniste. En fait, il était tout le contraire du célèbre magicien noir Aleistair Crowley en ce que de Sade a cherché à exposer tout ce qu’il était au monde, y compris ses vues les plus sombres et les plus démentielles sur la morale humaine. Ce n’est pas la voie de l’occultiste qui, par la nature même de son appel, cache ses intentions et ses pratiques aux non-initiés, même si certains peuvent partager la nature sous-jacente du style du marquis de Sade en attaquant les valeurs acceptées de la société, à savoir l’adage “fais ce que tu veux” si populaire dans les milieux occultes.

Cependant, le véritable lien entre la variété vulgaire d’occultiste et les adeptes de l’hédonisme effrayant du marquis de Sade, ceux du même calibre que George Hodel, se trouve dans une définition commune du concept de la liberté. Il s’agit de la volonté de l’individu de prouver qu’il peut s’élever vers la vraie liberté par des actes quasi rituels ou des actes de sauvagerie pure et simple. Le problème, cependant, c’est que ces démonstrations rituelles vers la liberté signifient souvent la perte involontaire de la liberté pour d’autres participants moins volontaires. En fait, le concept de ” liberté “, selon ceux qui ont une mentalité sadique, se traduit directement par la suppression explicite de la liberté pour les autres comme l’acte ultime de la liberté elle-même ! Faut-il s’étonner que de telles actions intrinsèquement contradictoires doivent être menées loin des regards indiscrets d’une société incrédule et souvent critique ?

Ce que cela indique, c’est que, dans certains milieux, la réalisation d’actes rituels de viol, de torture et de meurtre sont les conséquences directes d’une conception immature de la valeur de soi. Ces crimes deviennent ainsi le moyen mal appliqué, mais ” légitimé ” pour un individu ou un groupe d’individus, de faire preuve de volonté de pouvoir. En termes simples, le but n’est pas seulement de dominer, c’est de prouver aux autres que l’on domine. Ce n’est que de cette manière qu’un individu choisi est véritablement initié dans les rangs de ceux qui parviennent à ce qu’on appelle l’autodétermination. Aussi pathétique que cela puisse paraître, cela est considéré par certains comme la preuve de son statut d’élite, c’est-à-dire de sa vraie liberté !

Cependant, il y a une mouche dans leur pommade. La démonstration de sa domination sur les autres est, par nature, fugace lorsque le sujet (la victime) d’une telle démonstration en est le seul témoin réel. Quelle que soit la satisfaction et les applaudissements que leur procurent leurs hurlements et leurs cris, la terreur qui se reflète dans les yeux d’une victime choisie est perdue lorsque la dernière lueur de vie fuit leur corps qui s’éteind. La question lancinante du doute dans l’esprit du tueur est la suivante : que reste-t-il pour prouver que l’on est ” digne ” d’atteindre la soi-disant liberté de ” faire ce que l’on veut ” ?

La technique macabre de l’enregistrement du crime sous forme de photos, d’enregistrements audio et de films. Cependant, même dans ce cas, on ne parvient pas à évoquer à nouveau le sentiment tordu d’estime de soi que l’agonie originelle de la victime a fait naître - à moins de montrer des choses aussi terribles à un public appréciateur et bien au fait… D’où la scène de crime comme toile d’artiste.

À cette fin, l’acte caché et solitaire du meurtre d’Elizabeth Short n’a pas été en soi capable de fournir les applaudissements nécessaires à des gens comme George Hodel, peu importe l’indicible crime. Le simple souvenir de l’acte aurait fini par s’avérer insuffisant pour maintenir le sommet initial. Pire encore, son assassinat, une tentative d’auto-initiation dans les rangs de ceux que George Hodel admirait, risquait le résultat impardonnable de tomber dans l’obscurité.

Pour éviter le sort intolérable de l’obscurité, la personnalité de George Hodel l’aurait amené à conclure que seul l’acte secret le plus odieux et le plus scandaleux aux yeux de l’opinion publique serait suffisant pour qu’on parle de lui dans les cercles de “sachants” pour les années à venir. De cette façon, il pouvait s’établir fermement comme un homme de conséquence et satisfaire son besoin privé d’être important parmi ceux qui comptaient.

Toutefois, les efforts que George Hodel était prêt à faire pour atteindre cet objectif semblent avoir été tempérés par une obsession de maintenir une distance de sécurité par rapport aux conséquences de son crime présumé. Cela indique clairement un défaut potentiellement grave dans le caractère du Dr George Hodel et d’autres personnes comme lui ; George Hodel était à la fois un narcissique et un lâche. Et c’est ce défaut de caractère qui, en fin de compte, lie les éléments rituels du meurtre d’Elizabeth Short à l’héritage du culte de la mort Saturnien, car tous les actes attribués au culte de la mort Saturnien sont les actes pathologiques de narcissiques et de lâches.

Pour prouver ce point, il faut considérer que la seule façon dont George Hodel aurait pu déclencher la reconnaissance de ses réalisations parmi ceux qu’il cherchait à impressionner aurait été d’encadrer les conséquences de ses actions dans les archétypes et symboles familiers à ceux dont il voulait la reconnaissance. Et la seule façon dont il aurait su quels archétypes et symboles utiliser aurait été parce qu’il y a été formé et qu’il y a étudié - formé par d’autres déjà expérimentés dans leur application et leur pratique.

En indiquant que le Marquis De Sade était un ” esprit de parenté ” avec son père, Steve Hodel a lié par inadvertance tous les adeptes et pratiquants de la philosophie amorale vicieuse du Marquis aux actes présumés de son père. En identifiant des motifs d’art surréalistes emblématiques avec le cadavre hideusement mutilé et coupé en deux d’Elizabeth Short, nous sommes amenés à associer tout un mouvement artistique et ses plus célèbres représentants comme observateurs occultes d’une énigme indescriptible dans un crime odieux. En analysant ces mêmes motifs, en particulier celui du minotaure de Man Ray, nous obtenons une clé pour relier le meurtre du Dahlia noir à un élément mythologique saturnien distinct - le petit-fils de Zeus, l’arrière petit-fils de Kronos/Saturne, à moitié homme, à moitié taureau de Minos, le Minotaure, destructeur des jeunes filles.

C’est pour ces âmes sœurs, hommes et femmes réceptifs aux symboles exposés dans le cadavre grotesque d’Elizabeth Short, que l’on peut supposer que George Hodel a vraiment voulu rendre hommage. Bien qu’il soit un solitaire, l’implication présumée de George Hodel dans l’abus ritualiste du corps d’Elizabeth Short démentirait l’idée que le tueur comprend très bien ce qu’il faut pour participer à un culte de la mort, même si cela se fait derrière la protection d’un voile symbolique utilisé pour se séparer des autres cultistes de la mort.

En laissant le cadavre mutilé d’Elizabeth Short dans un état de posture redressée, ce chef-d’œuvre du crime le plus effroyable, George Hodel semble avoir déclaré avoir atteint un niveau de véritable réalisation de soi que seuls le meurtre et la profanation d’un autre être humain peuvent apporter. La conclusion unique est que George Hodel a peut-être été le premier tueur dont le modus operandi reconnu était l’art, bien qu’un art meurtrier. Véritable destructeur de jeunes filles, George Hodel était devenu le Minotaure incarné du surréalisme !

Nous arrivons ainsi au lien entre le Dahlia noir et l’une des histoires les plus troublantes de la mythologie saturnienne, Le Minotaure. Mais il s’agit d’une affirmation ténue, sans plus d’investigations - investigations qui doivent examiner de plus près les liens entre le Minotaure, la mythologie saturnienne et le mouvement dadaïste/surréaliste de l’art.

En terminant la première partie de cette histoire, je doute que George Hodel ait eu le moindre intérêt pour les liens du Minotaure avec Saturne et le rôle que joue Saturne dans les cercles occultes, sans parler de l’idée que les événements majeurs de l’histoire sont les conséquences de divers groupes mus par des agendas obsédés par Saturne. Alors comment peut-on honnêtement lier le meurtre d’Elizabeth Short au concept d’une culture historique de la mort basée sur Saturne ?

Pour répondre à cette question, il faut remettre en cause le concept de George Hodel en tant que ” solitaire ” consommé et examiner plus en profondeur le mouvement artistique surréaliste de l’entre-deux-guerres. Alors on peut commencer à relier le chef-d’œuvre d’horreur présumé de George Hodel à un programme de culte de la mort. Sachez que George Hodel était aussi, entre autres, un militaire. En plus de cela, il a servi dans le renseignement militaire. Et là, comme diraient les surréalistes, se trouve une charade enveloppée dans un mystère à l’intérieur d’une énigme…




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