Questions militaires : Crise économique et G4G

Publié le 28 août 2008 sur le site Space War

par William S. Lind Washington (UPI) 28 août 2008

Malgré la chute récente du prix du pétrole, l'économie mondiale navigue toujours dans des eaux troubles. La crise du crédit aux États-Unis s'intensifie et s'étend à la Grande-Bretagne. L'Europe s'achemine vers la récession. Le système financier international continue de dépendre de montagnes de dettes. Si la panique financière que la Réserve fédérale américaine a jusqu'à présent réussi à éviter se matérialise, nous pourrions assister à un effondrement d'une ampleur historique.

Qu'est-ce que tout cela laisse présager pour la guerre de quatrième génération ? Malheureusement, cela signifie que les présages sont favorables pour certaines entités non étatiques, en particulier celles qui sont en concurrence avec l'État dans la prestation de services sociaux vitaux.

Ici, nous devons nous rappeler que la racine et l'origine de G4G* est une crise de légitimité de l'Etat. L'une des fonctions que l'État est maintenant censé remplir, tant dans les pays à économie de marché que dans les pays socialistes, est de veiller à ce que l'économie fonctionne correctement. Une panique financière mondiale suivie d'une récession ou d'une dépression mondiale signifierait que l'État manque à l'une de ses fonctions essentielles. Cela, à son tour, diminuerait davantage la légitimité de l'État.

Les Wilsoniens et autres partisans de la "démocratie" pensent que la légitimité d'un État est fonction des élections. Même dans les démocraties établies comme les États-Unis, ces élections deviennent des formes vides, des kabuki politiques où les citoyens n'ont pas la possibilité de voter contre la nouvelle classe. Dans la plupart des pays du monde, les élections ne déterminent même pas quelle collection de voleurs sera la prochaine à piller le trésor. Le jeu est truqué de façon flagrante.

Dans les pays pauvres, la légitimité de l'État est davantage fonction de sa capacité à fournir des services vitaux que de l'élection du ju-ju. Souvent, ces services consistent à permettre aux gens de manger. L'alimentation de la plupart des gens dépend de rations subventionnées par l'État, comme la ration de pain en Égypte. Les récentes émeutes qui y ont éclaté lorsque la question du pain bon marché a été compromise ont montré le pouvoir potentiel des foules affamées.

Une dépression mondiale causerait des difficultés dans les pays riches. Dans les pays pauvres, elle conduirait rapidement à une famine généralisée. L'État ne serait plus en mesure de fournir les rations subventionnées dont dépendent des millions de ses citoyens. La hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires déjà en cours mettrait les États dans une double impasse : Les recettes de l'État diminueraient au moment même où l'écart entre les prix du marché et les prix subventionnés s'accroîtrait. Ajoutez à cela la panique financière mondiale où le crédit se tarit, et nous verrons le nombre d'États en faillite augmenter rapidement.

Dans la Grande Dépression des années 1930, l'échec économique des États a remis en question les gouvernements et même les systèmes de gouvernement, y compris la démocratie. En Europe et aux Etats-Unis, le communisme et le fascisme ont acquis une certaine popularité parce qu'en Union soviétique, en Italie fasciste et en Allemagne nazie, chacun avait un emploi. Mais l'État lui-même n'a pas été contesté, car il n'y avait pas d'alternative à l'État.

Militants du Hezbollah (2004)

Maintenant, il y en a une. Des entités 4G intelligentes, allant de certains gangs de trafiquants de drogue à des organisations comme le Hezbollah, le parti chiite de Dieu au Sud-Liban, sont en concurrence directe avec l'État pour obtenir la loyauté primordiale du peuple. Si ces entités 4G peuvent fournir des services de base, y compris des denrées alimentaires, lorsque l'État ne peut plus le faire, elles gagneront la légitimité que l'État a perdu. Dans une guerre de quatrième génération, c'est une victoire plus importante que toute victoire militaire potentielle.

Pour ce qui est de la théorie des G4G, deux leçons s'imposent. Premièrement, une crise économique mondiale est susceptible d'entraîner une crise beaucoup plus profonde, une crise existentielle généralisée de l'État lui-même. Deuxièmement, les entités 4G qui bénéficieront de cette crise seront celles qui fourniront des services de base plus efficacement que l'État.

Une fois de plus, tout comme d'un point de vue militaire, nous constatons que le "modèle du Hezbollah" est le modèle le plus prometteur pour les organisations non étatiques 4G. Ce modèle comprend une armée très compétente qui peut vaincre les forces armées étatiques. Mais elle utilise sa capacité militaire avec parcimonie, ne se battant que lorsqu'elle est attaquée ou lorsqu'une occasion militaire à faible risque et à haut rendement se présente, ce qui sera rarement le cas.

Pour les entités de G4G comme pour les Etats, l'issue des guerres restera imprévisible. Au lieu de cela, le modèle du Hezbollah se concentre au jour le jour sur la fourniture de services à la population, la construction de sa légitimité vis-à-vis de l'État et la fidélisation de la population au premier chef. À un moment donné, cette loyauté deviendra si forte que même une défaite militaire infligée par les forces armées d'un État ne la détruira pas.

(William S. Lind, exprimant son opinion personnelle, est directeur du "Center for Cultural Conservatism" de la "Free Congress Foundation".)

* G4G = Guerre de Quatrième Génération




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