Perspectives tactiques sur le contrôle social

par Zygmunt Bauman


Publié le 28 Septembre 2007 sur le blog Skilluminati


Zygmunt Bauman

C’est par le biais de la “Grey Lodge Occult Review” que j’ai mis la main sur le grand article de Zygmunt Bauman intitulé “Ideology and the Weltanshaunng of the Intellectuals” (“L’idéologie et la Weltanshaunng des intellectuels”). D’ailleurs, “Weltanshaunng” signifie (approximativement) “vision du monde” en allemand. J’ai d’abord essayé de le lire peu après l’école secondaire, je n’avais encore jamais lu quelque chose d’aussi théorique, et j’ai dû le mettre de côté pendant plusieurs années. Je suis heureux d’y être retourné, parce que bien qu’il soit odieusement dense et lourdement truffé de concepts simples, c’est quand même une lecture étonnante. Bauman s’appuie sur toute une vie d’apprentissage dans un monde de discipline, et malgré mon penchant pour les intellos, j’ai considérablement espacé ses paragraphes dans l’extrait ci-dessous.

Zygmunt Bauman était un sociologue polonais qui a été contraint à l’exil au Royaume-Uni pour le restant de ses jours. (Parce que les communistes essayaient de chasser les Juifs dans les années 70… L’histoire a de moins en moins de sens quand on en apprend plus, hein ?). Bien que sa politique personnelle - du soutien de Karl Marx et d’Israël ainsi que sa morgue - pourrait vous faire sourciller, il est une excellente source de compréhension des grands mécanismes de contrôle social, pour la plupart invisibles, ainsi que de l’histoire qui a mené à leur émergence.

Je recommande également son essai tout aussi fascinant “The Dream of Purity” (“Le rêve de la pureté”), et si vous l’aimez vraiment, essayez son livre : “Alone Again: Ethics After Certainty” (“Seul à nouveau : L’éthique après la certitude”)

“Le nouvel ordre, beaucoup plus ambitieux, omniprésent et pénétrant, ne peut s’appuyer sur l’invocation rituelle du Souverain Divin. Il ne peut régner qu’au nom de la norme, d’un modèle de normalité auquel il s’identifie.

Puisque la normalité signifie en fin de compte un rythme continu d’efforts corporels et une chaîne ininterrompue de choix répétables, elle ne peut être maintenue que par un réseau dense d’autorités imbriquées en communication constante avec le sujet - et à proximité du sujet, ce qui permet une surveillance perpétuelle de son processus de vie.

Les anciennes formes se transforment en de telles autorités et de nouvelles autorités prennent vie. Ainsi, les familles et les fonctions sexuelles du corps sont déployées dans le nouveau rôle : les églises deviennent des enseignantes de vertus commerciales et de dur labeur ; les usines inculquent l’habitude de l’effort continu ; la vie idiosyncrasique et non rythmique est criminalisée, médicalisée ou psychiatrisée ; toute formation individuelle par apprentissage est remplacée par une éducation uniforme visant l’acquisition de compétences universelles.

Aucun pouvoir n’est maintenant total… mais néanmoins, ce réseau de relations autoritaires atteint le genre de totalité qu’aucune puissance unique n’aurait même rêvé d’ateindre auparavant.

Au cours de cette lutte, la condition humaine a acquis une nouvelle conceptualisation. Elle apparaît maintenant comme un drame des forces manichéennes de la passion et de la raison, du brut et du raffiné, du bestial et de l’humain. L’asservissement de l’animal chez l’homme est devenu une préoccupation majeure pour l’homme. Il fallait s’adapter à la condition humaine ; être humain en est venu à être une tâche, un accomplissement, un devoir.”




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